AD MAJOREM DEI GLORIAM

Revue de la Genève spirituelle internationale

“Tout se qui se pense et écrit… passe dans notre lanterne magique: Genève, c’est le monde dans une noix.”

Charles-Victor de Bonstetten (1745-1832)

AD MAJOREM DEI GLORIAM est une publication portant sur la vie de la Genève Internationale sous l’angle spirituel et éthique, le « fait religieux » étant en effet de plus en plus présent dans le débat politique, économique, social et culturel de nos sociétés et également sur le plan international.

AD MAJOREM DEI GLORIAM ne prend parti en faveur d’aucune approche en particulier et ne défend aucun point de vue spécifique. la publication s’abstient également de tout prosélytisme en faveur de quelque religion ou mouvement spirituel quel qu’il soit.

AD MAJOREM DEI GLORIAM est une expression latine signifiant « pour la plus grande gloire de Dieu ». Si elle est la devise de la Compagnie de Jésus, il convient de souligner que le service et l’honneur de Dieu ne furent jamais compris dans un sens restrictif de culte envers Dieu. Le service des hommes, quel qu’il soit, a toujours été considéré, au long de l’histoire de la Compagnie, comme étant à la gloire et la louange de Dieu.

AD MAJOREM DEI GLORIAM s’adresse donc à toutes celles et tous ceux qui s’intéressent à la vie de la Genève Internationale.

AD MAJOREM DEI GLORIAM propose bimestriellement un éditorial et un article de fond sur le site web de la Paroisse Sainte-Clotilde, Genève.

Charles-Victor de Bonstetten (1745-1832).

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AD MAJOREM DEI GLORIAM

Janvier 2026

Le test de Rorschach à l'épreuve de l’Evidence Based Practice

Validation empirique et perspectives contemporaines dans l'évaluation de la personnalité

Sadegh Nashat est psychologue clinicien et psychothérapeute. Il est chargé d’enseignement à l’Unité de psychologie clinique des relations interpersonnelles à la Faculté de Psychologie et Sciences de l’Education de l’Université de Genève (UNIGE). Il a été rédacteur en chef de Rorschachiana entre 2005 et 2018, la revue scientifique de la Société Internationale du Rorschach et des Méthodes Projectives (ISR). Cette revue s'intéresse à l'avancement de la théorie et des applications cliniques du Rorschach et d'autres techniques projectives, ainsi qu'à la recherche sur les travaux susceptibles d'améliorer et de promouvoir les méthodes projectives. En 2022, il a été coprésident du Congrès du Centenaire de l’ISR, à Genève.

En 2025, Sadegh Nashat a proposé au public de l’UNIGE « une sorte de voyage dans les territoires Rorschach » depuis la création de ce test : 

« Le Rorschach fascine toujours et encore car il est entré culturellement et socialement dans de nombreux domaines, notamment dans le cinéma avec des films comme Virgin Suicides (1999) de Sofia Coppola, où l’une des principales protagonistes va passer le test de Rorschach, ou encore avec Watchmen (2009) de Zack Snyder, basé sur une série de comic books américano-britannique ((1986-1987) créée par le scénariste Alan Moore, le dessinateur Dave Gibbons et le coloriste John Higgins, dans laquelle un personnage du nom de Rorschach porte un masque dont les motifs ressemblent aux taches d’encre du test, et varient selon ses pensées et ses émotions. Le test a même fait l’objet de jeux vidéo comme Rorschach, un jeu qui met à l'épreuve deux équipes, à l'aide de certaines des célèbres taches (et de nombreuses autres) ! Pour sa part, Andy Warhol (1928-1987), artiste américain, a réalisé dans les années 1980 une série de tableaux inspirée du test de Rorschach. Dans la presse, le test est également cité, tant en Europe qu’aux États-Unis et dans d’autres parties du monde : Davos somete a las élites a un test de Rorschach económico dans El País (E), en 2025 ; O. J. Simpson was a Rorschach Test for America dans The Nation (USA), en 2024 ; Retirement is like a Rorschach Test dans The New Nation, au Bangladesh, en 2022. Enfin, une simple recherche "Rorschach test" sur Google Scholar (mars 2025) donne plus de 142.000 références scientifiques en relation avec celui-ci. Ce test se trouve donc bien présent dans notre inconscient collectif.

La pratique basée sur des preuves

Je voudrais tout d’abord préciser ce que recouvre le concept de l’Evidence Based Practice (EBP) en psychologie clinique. [Evidence-based practice (EBP) : La Pratique fondée sur les preuves, sur les faits, ou sur des données probantes est une approche interdisciplinaire de la pratique clinique. Source Wikipedia]. Elle est fondée sur trois principes fondamentaux. Il convient, au préalable, de baser les interventions et les évaluations sur les meilleures preuves issues de la littérature scientifique. Par ailleurs, la compétence clinique du praticien doit être fondée sur l’expertise et le jugement clinique développés par l’expérience. Enfin, les préférences, les besoins et les valeurs du patient doivent être pris en compte, autant pour l’évaluation que pour déterminer le traitement. Ceci est primordial dans la mesure où l’EBP apporte plusieurs avantages essentiels à la psychologie clinique. L’EBP contribue, en effet, à une prise en charge fortement personnalisée et rigoureuse des patients. Elle aide à guider les choix thérapeutiques et diagnostiques, en particulier dans les situations complexes. Elle instaure une certaine confiance dans les outils cliniques, en ce qui concerne leur validité empirique. Enfin, elle rend la pratique plus transparente, plus communicable et défendable, notamment dans les contextes médico-légaux, l’objectif étant qu’avec les mêmes données et hypothèses, les praticiens puissent prendre les décisions cliniques ad hoc ou parviennent aux mêmes conclusions. C’est à la lumière de l’EBP que je vais présenter le test de Rorschach.

Hermann Rorschach, vers 1910. Photo International Dictionary of Psychoanalysis. Alain de Mijolla (ed.). ISBN 0-02-865994-5, Wikimedia Commons

Carl Gustav Jung (1875-1961), vers 1935. Photo ETH-Bibliothek , Suisse, Wikimedia Commons

Comment Hermann Rorschach est-il parvenu à développer son test ?

Hermann Rorschach est né à Zurich en 1884. Il a grandi dans un milieu artistique. Son père était peintre et professeur de dessin. Enfant, il était surnommé Klecks, tache d’encre en allemand, car il inventait des formes, créait des taches et essayait de deviner ce qu’elles pouvaient représenter. Il étudiera la médecine et la psychiatrie à Zurich et à Berne avec le Suisse Eugen Bleuler (1857-1939), qui a forgé le concept de schizophrénie, et avec Carl Gustav Jung (1875-1961), un autre psychiatre suisse, auteur d’un fameux test d’association de mots. [La technique de l’association libre créée par Freud est à la base de la psychanalyse. Carl Gustav Jung, élève de Bleuler, s'en est servi pour son test des mots associés, détecteur de complexes. Ces mots inducteurs sont au nombre de 400. Lorsque le testeur prononce l'un de ces mots, le sujet doit répondre de la façon la plus immédiate possible par le premier mot qui lui vient à l'esprit (mot réactif). Puis les mots inducteurs sont à nouveau repris pour vérifier si le sujet se souvient de sa réponse. Certains mots provoquent des réponses immédiates mais ce n'est pas toujours le cas. Les comportements présentant une anomalie ou un temps de réponse trop long indiquent que l'on a atteint une zone sensible de la personnalité. Jung les appelle des "indicateurs de complexe". Le trouble de la mémoire sera aussi appelé "indicateur de complexe" par Jung. Source : © http://www.cleomede.com/article-le-test-106757478.html].

Carte 1 du test de Rorschach. Interprétations courantes : chauve-souris, papillon, papillon de nuit. Photo Wikimedia Commons

Dans sa thèse (1906) sur ce qu’il a nommé les "hallucinations réflexes", Rorschach avait déjà exploré le lien entre perception, mémoire, mouvement et interprétation. Il y a évoqué le rôle des engrammes kinesthésiques, un concept visionnaire que l’on retrouve dans la notion moderne des neurones miroirs.

[L’hypothèse des engrammes est basée sur l’idée que le stockage de représentations du mouvement, correspondant à chacun des outils que nous avons déjà manipulés au cours de notre vie, devrait s’avérer plus avantageux que la création de mouvements, de novo. Source : https://www.jle.com/en/revues/nrp/e-docs/un_demi_siecle_dapraxie_histoire_recente_et_perspectives_futures_311594/article.phtml?tab=references ]

[Les neurones miroirs sont une catégorie de neurones du cerveau qui présentent une activité aussi bien lorsqu'un individu exécute une action que lorsqu'il observe un autre individu (en particulier de son espèce) exécuter la même action, ou même lorsqu'il imagine une telle action, d'où le terme miroir. Ils sont connus pour être à l'origine du bâillement. Source : Wikipedia].

Par la suite, Rorschach a travaillé dans plusieurs hôpitaux psychiatriques suisses, où il a affiné une méthode d’exploration psychologique, basée sur la manière dont les patients interprètent des formes ambiguës. Cette méthode sera à l’origine de son ouvrage fondateur, le Psychodiagnostic, qui sera publié peu après sa mort, à l’âge de 37 ans, en 1922.

Une méthode née d’une démarche scientifique rigoureuse

Contrairement à une idée reçue, Rorschach ne cherchait pas à créer un test projectif. Il voulait vérifier une hypothèse sur la manière dont les individus interprètent des formes ambiguës. Il ne parlait jamais de test projectif, un des concepts pourtant attachés au Rorschach. Son intention était d’explorer les processus de perception, d’association et, également, d’adaptation à la réalité des sujets. Il a conçu son dispositif comme une expérience psychologique contrôlée : mêmes stimuli, mêmes consignes, enregistrement standardisé des réponses. Il a découvert que celles-ci révélaient des styles de fonctionnement psychique cohérents et reproductibles. Il a beaucoup insisté sur le fait que les planches du test ne visaient pas à découvrir des aspects inconscients de la personne, ni à provoquer une symbolisation libre des taches mais à conduire à une observation structurée de la réponse consciente et perceptible du sujet.

La création des 10 planches du test a été le fruit d’un dispositif expérimental structuré. Un mythe perdure encore selon lequel ces planches ont été créées sur un coin de table, dans un café. C’est faux. On a appris sur la base des archives de Rorschach, qu’il s’était inspiré de jeux populaires comme le Blotto [Blotto : jeu de société du XIXe siècle, également appelé "Klecksographie", dans lequel les participants réalisaient des taches d'encre puis décrivaient ce qu'ils voyaient. Source : La tradition de Rorschach et l'héritage du test. Los Angeles Times, 2003]. Il a ainsi créé plus d’une centaine de taches symétriques, expérimentées auprès de patients psychiatriques, de sujets non-malades, d’enfants, d’adolescents, d’artistes, etc. Il a minutieusement noté leurs réponses, cherchant des patterns [modèles] de perception typiques. Sur cette base empirique, il a sélectionné 15 planches, avant d’en retenir 10 pour des raisons économiques. Il les a partiellement redessinées, ajoutant des détails pour renforcer certaines ambiguïtés.

Rorschach a conçu ses planches selon une hiérarchie précise d’objectifs perceptifs et psychologiques. Le but était de créer des conflits perceptifs internes autour de ces formes ambiguës ou superposées, mais cependant pas trop ambiguës, comme la n° 5, qui génère très souvent pour réponse un papillon ou une chauve-souris.

Rorschach a également choisi des formes évoquant le mouvement afin de déterminer si elles étaient de nature à engendrer une mobilisation kinesthésique du sujet. Il voulait aussi créer une activation émotionnelle chez le sujet grâce à des couleurs et à des associations symboliques. Il souhaitait enfin que ces planches génèrent une pluralité d’interprétations possibles selon les structures cognitives et affectives des sujets.

Carte 2 du test de Rorschach. Interprétations courantes : deux humains ; quadrupèdes. Photo Wikimedia Commons

Une démarche empirique

C’est pourquoi, l’approche scientifique de Rorschach dans son Psychodiagnostic, n’a pas pour sous-titre Un test projectif, mais Méthodologie et résultats d’une expérience diagnostique fondée sur la perception – Interprétation de formes accidentelles. Ce sous-titre a quelque peu été oublié par la suite. Il précise bien que le test n’a pas été conçu comme un outil projectif, mais comme un dispositif expérimental établi sur la perception. On observe comment le sujet perçoit, organise et interprète des formes ambiguës, en condition contrôlée. Il s’agit d’une expérience diagnostique de la perception, non d’un test de l’imaginaire ou de l’accès à l’inconscient. L’analyse des réponses devait permettre d’évaluer des différences interindividuelles de fonctionnement perceptif et d’adaptation à la réalité. Cette démarche a été inspirée par les principes de la psychologie différentielle de William Stern (1871-1938), psychologue allemand, et repose sur la collecte systématique de données auprès de groupes normatifs et cliniques.

[La psychologie différentielle est l'étude des différences psychologiques entre les individus, tant en ce qui concerne la variabilité interindividuelle (entre les individus au sein d'un groupe), que la variabilité intra-individuelle (pour un même individu dans des situations, contextes différents) et la variabilité intergroupe (entre des groupes différents : sexe, milieu social). Source Wikipédia]

La méthodologie du test est rigoureuse. Les 10 planches résultent d’un processus de calibration empirique effectué sur plus de 400 sujets, non malades. Rorschach a finement analysé les déterminants perceptifs, les types de saisie visuelle et la séquence de leurs réponses. L’intentionnalité du test réside dans le fait que chaque planche a été conçue pour provoquer des types spécifiques de réponse, d’où le mouvement, la forme, la couleur et autres détails de chaque planche. Enfin, des indices cliniques, comme des scores comme le pourcentage de formes d’animaux et de formes originales, sont déjà posés comme indicateurs du fonctionnement psychique.

Dès l’origine, Rorschach s’est inscrit dans une logique expérimentale, compatible avec une psychologie fondée sur les preuves, bien avant la définition de l’EBP. Avant de concevoir ses planches, c’est sur des images de genre ambigu qu’il avait commencé à travailler. Comment le sujet allait-il les interpréter ?

Rorschach cherchait à créer des tensions d’ambiguïté perceptibles et à analyser comment le sujet y répondait.

Carte 3 du test de Rorschach. Interprétation courante: deux humains. Photo Wikimedia Commons

À quoi sert la perception ? C’est avant tout une fonction biologique active, qui permet à l’être humain de construire une représentation cohérente du monde, de s’orienter dans son environnement, de même que d’anticiper certaines situations et de prendre des décisions. La perception n’est donc pas quelque chose de passif :

"La perception est orientée, finalisée, elle ne se contente pas d’enregistrer passivement l’environnement."

Jean Piaget, La Représentation du monde chez l’enfant (1926)

"Percevoir, c’est explorer activement notre environnement, en testant des hypothèses guidées par l’expérience."

Ulric Neisser, Cognition and Reality: Principles and Implications of Cognitive Psychology (1976)

Carte 4 du test de Rorschach. Interprétations courantes: peaux d'animaux, peaux, tapis. Photo Wikimedia Commons

Le Rorschach dans le monde francophone

À Genève, Marguerite Loosli-Usteri (1893-1958), d’origine suisse-allemande, professeur à l’Institut des Sciences de l’Education de l’Université de Genève, qui est devenu la Faculté de Psychologie et des Sciences, a travaillé sur l’application du test de Rorschach chez les enfants dès les années 1930. En 1938, elle a publié, en français, son premier Manuel pratique du test de Rorschach, qui sera réédité à de nombreuses reprises jusqu’en 1970, fondant ainsi une tradition francophone de ce test, à la fois empirique, clinique, standardisée et prudente. Marguerite Loosli-Usteri a formulé une critique ferme contre les analyses libres, subjectives ou symboliques. Elle a rejeté l’idée que le test serve à deviner des contenus inconscients latents, ou à produire des interprétations psychanalytiques. Elle a en revanche soutenu que l’interprétation doit s’appuyer sur la structure de la réponse, sa qualité formelle et son intégration, et non sur le contenu symbolique supposé. Elle a aussi fortement recommandé l’abandon des interprétations sexuelles systématiques et non contrôlées, comme on le ferait avec le tarot ou le marc de café.

L’ère post-Rorschach

Dès les années 1950, le test a été associé à la psychanalyse, les quelques personnes ayant poursuivi l’œuvre de Rorschach étant des psychiatres, au nombre desquels Walter Morgenthaler (1882-1965), ce qui a entraîné une modification du projet initial de Rorschach. À partir des années 1960-1970, le test a été dénoncé comme arbitraire, subjectif et manquant de validité. La critique reposait surtout sur l’absence de normes, les divergences d’interprétation entre cliniciens, ainsi que des dérives herméneutiques, à savoir des surinterprétations symboliques ou psychanalytiques. Malheureusement, dans nos contrées, le Rorschach est devenu emblématique des" tests projectifs" mal contrôlés. Mais, dans les années 1970, John E. Exner (1928-2006), psychologue américain, a estimé que la seule manière de sauver le test était de le standardiser. Exner était un clinicien formé dans la tradition expérimentale, très attaché à l’ego psychology (psychologie du moi) américaine. Lorsqu’il était étudiant, il avait constaté le déclin de l’usage clinique du test en raison de l’absence d’un cadre commun, car chaque praticien avait, pour ainsi dire, sa propre méthode. Il avait aussi constaté un manque de données empiriques disponibles, et que le souhait de Rorschach de partir d’une approche expérimentale avait été complètement oublié. Sans compter la cacophonie engendrée par les nombreuses écoles d’interprétations. Sur la base de ce constat, il a décidé de lancer le projet ambitieux d’unifier et de valider le test.

Carte 5 du test de Rorschach. Interprétations courantes : chauve-souris, papillon, papillon de nuit. Photo Wikimedia Commons

Le Système Intégré (Comprehensive System) d’Exner représente ainsi l’unification de cinq approches nord-américaines majeures du test qui coexistaient et étaient en compétition, chacune avec sa propre perspective et sa propre méthodologie :

  • Le système de Samuel Jacob Beck (1896-1980), psychologue américain, basé sur l’analyse du contenu, avec l’accent mis sur la qualité formelle et le raisonnement.

  • Celui de Bruno Klopfer (1900-1971), psychologue d’origine allemande qui avait travaillé avec Carl Gustav Jung, à Bâle, et qui avait réécrit un manuel du test dans une approche psychanalytique jungienne.

  • Le système de Marguerite Rosenberg Hertz (1899-1992), psychologue, centré sur l’organisation perceptive en lien avec les traits de personnalité.

  • Le système de David Rapaport (1911-1960), psychologue clinicien d’origine hongroise, et Roy Schafer (1922-2018), psychologue américain, d’une conception structuraliste du test, intégrant les systèmes de défense de la pensée.

  • Le système de Zygmunt Piotrowski (1904-1985), psychologue d’origine polonaise, qui était une approche psychométrique, portant une forte attention aux fréquences des réponses et aux styles cognitifs.

Carte 6 du test de Rorschach. Interprétations courantes : peaux d'animaux, peaux, tapis . Photo Wikimedia Commons

Exner va prendre ces cinq systèmes et créer le Système Intégré :

Avant Exner

Administration: très variable

Consigne: interprétations libres

Codage: idiosyncratique

Interprétation: intuitive / symbolique

Normes: absentes

Avec le Système Intégré

Administration: script standardisé

Consigne: fixe

Codage: manuel de codage précis

Interprétation: structurelle, analytique, intégrative et séquentielle

Normes: normes statistiques par âge/sexe, etc.

Exner a procédé en plusieurs phases. Il a extrait de chaque système le contenu qui était le plus empiriquement justifiable et il a éliminé les éléments non validés. Dans une première phase, il a procédé, de 1969 à 1974, à un inventaire comparatif de ces systèmes. Il a analysé les convergences et les divergences entre ceux-ci et il a sélectionné 78 variables communes, vérifiables et scorables. Dans une deuxième phase de développement du Système Intégré, il a créé un système de codage uniforme et il a élaboré un manuel d’administration standardisé. Puis il a constitué un premier échantillon normatif de quelque 700 adultes (non cliniques) sur la base duquel ont été créées des normes statistiques. La troisième et dernière phase de recherche et d’affinement continu du système, qui s’est déroulée de 1985 à 2007, a donné lieu à de très nombreuses études empiriques et de validation du Rorschach.

Avec son approche, Exner a placé le Rorschach dans un nouveau contexte : le test n’a jamais été conçu comme un "livre des symboles inconscients". Exner a réaffirmé le sens du test, un instrument perceptif dans lequel l’ambiguïté du stimulus met en lumière la manière de fonctionner, et non ce que l’on "cache" ou ce qui est "caché". Il a fait valoir qu’attribuer un sens symbolique rigide revient à imposer une lecture projective du clinicien, à savoir son point de vue, et non pas à interpréter les réponses du sujet et à observer la dynamique de celui-ci. Selon Exner, certaines pratiques anciennes assignaient un sens symbolique fixe à chaque planche et ces usages ont été massivement diffusés dans les années 1950-1970. Aucune étude n’a jamais démontré une valeur diagnostique stable de ces interprétations symboliques.

"Il n’existe pas de planche mère ni de planche sexuelle. Ce sont les formes, non leur symbolique, qui structurent la réponse." John E. Exner

Exner a ainsi permis de définir un langage commun composé de plus de 70 variables qui sont codées sur la base de critères perceptifs, affectifs, cognitifs et relationnels. Il a développé des indices synthétiques : le PTI (Perceptual-Thinking Index), le CDI (Coping Deficit Index), le DEPI (Depression Index), le HVI (Hypervigilance Index) et le S-CON (Suicide Constellation). Il a aussi développé une interprétation intégrée de la dynamique du sujet : comment celui-ci gère le stress et ses affects, comment fonctionne sa pensée, quelles sont ses perceptions de ses relations interpersonnelles, quelle est son image de soi.

Au nombre des variables précédemment évoquées, on peut citer :

  • X+% : capacité à voir correctement la forme ;

  • Lambda : évitement défensif, passivité ;

  • M : activité mentale symbolique ;

  • S-CON : risque suicidaire ;

  • WSum6 : trouble formel de la pensée.

A la différence des approches de Beck, Klopfer et des autres, Exner ne voulait pas seulement standardiser le test. Il tenait aussi à valider scientifiquement chaque variable. Dès la fin des années 1970, il a organisé des études multicentriques menées dans des universités et des cliniques américaines, ainsi que des comparaisons entre groupes cliniques et non cliniques pour justement tester ces variables. Il a aussi réalisé des analyses factorielles, discriminantes et prédictives, sur certaines de ces variables. Il affirmait que "chaque variable du Système Intégré devait montrer qu’elle mesurait réellement quelque chose d’utile en clinique."

Par rapport à des tests classiques de personnalité, la fidélité inter-juges est assez élevée et la validité convergente avec des données cliniques externes est également élevée. Il existe une sensibilité au changement thérapeutique. Enfin, dans plusieurs domaines, le Rorschach est utilisé pour comprendre plus finement si des changements sont intervenus chez le patient suite à son traitement psychothérapeutique. Le Système Intégré est aussi utilisé dans le pronostic et la planification du traitement, car il permet de mieux calibrer cette idée d’approche personnalisée et ce qui pourrait être le plus utile au niveau de l’intervention thérapeutique. Le Rorschach est ainsi passé du statut de test "projectif" flou à celui d’instrument psychologique fondé sur des preuves, grâce au travaux empiriques d’Exner.

Bien sûr, cette approche date des années 1970 et, aujourd’hui, les méthodologies pour tester certaines de ces variables pourraient faire l’objet de débats, mais, incontestablement, un immense travail avait été accompli.

Carte 7 du test de Rorschach. Interprétation courante: têtes humaines. Photo Wikimedia Commons

La philosophie du Système Intégré

La philosophie du Système Intégré repose sur trois piliers :

  • Observer comment le sujet répond, plus que ce qu’il répond. Le contenu de la réponse présente moins d’intérêt que le processus de réponse.

  • Intégrer les réponses en une structure dynamique du fonctionnement psychique, c’est-à-dire effectuer une formulation clinique de la raison pour laquelle le sujet se comporte et pense de telle ou telle manière, et dans quelles conditions.

  • En fonction de cette philosophie, on a créé un outil cliniquement utile, scientifiquement et empiriquement fondé, surtout pour les processus perceptivo-cognitifs et la mise en lumière des troubles de la pensée.

Selon Gregory J. Meyer, professeur de psychologie américain, et alia, de nombreux scores, notamment dans les systèmes codés, ont une valeur prédictive et discriminative solide, parfois supérieure aux auto-questionnaires. Pour Robert Bornstein, professeur de psychologie américain, la validité du Rorschach dépend de ce qu’on lui demande de faire. Le Système Intégré est bien empiriquement fondé, surtout autour des processus perceptivo-cognitifs et des troubles de la pensée.

Ce que cela signifie pour la clinique

Avec le Système Intégré qui est une version modernisée du test, mais fidèle à l’intuition de départ de Rorschach, nous disposons d’un outil rigoureux, mais sans dogmatisme. Les données sont empiriques, mais sans réductionnisme, car il y a toujours un pont entre ce que l’on observe au niveau intra-individuel et inter-individuel. Par ailleurs, le Système Intégré a également constitué une ouverture sur la complexité du psychisme humain. C’est donc grâce à Exner que le Rorschach a pu résister aux critiques et retrouver sa place dans l’évaluation psychologique fondée sur les preuves.

En 2013, Joni Mihura, psychologue américaine, et alia (2013) ont publié une méta-analyse du test effectuée sur la base de 65 variables clés du Système Intégré, issues de 53 études publiées entre 1970 et 2011, de plus de 770 coefficients de validité extraits, ainsi que de la comparaison avec des critères cliniques externes comme des diagnostics, des évaluations comportementales, des jugements cliniques, confirmant ainsi que le Rorschach permettait d’accéder à des processus non verbaux ou peu accessibles à l’autoévaluation. […]

Le Rorschach Performance Assessment System (R-PAS)

Après le décès d’Exner en 2006, des chercheurs et des cliniciens expérimentés sont arrivés à la conclusion que le Système Intégré était trop complexe, lourd et parfois mal appliqué. Ils ont estimé que les normes (U.S.) n’étaient pas représentatives au niveau international. Ils pensaient aussi qu’il manquait au Système Intégré une interprétation guidée, fondée sur les données cliniques récentes de la psychopathologie. C’est pourquoi, en 2011, a été créé le Rorschach Performance Assessment System (R-PAS), en conservant l’essentiel du Système Intégré, avec certains changements. Les scores ont été convertis en percentiles standardisés, plus facile à lire et à comparer. Les variables ont été présentées par domaines fonctionnels : ressources psychologiques et gestion du stress ; perception et traitement de l’information ; idéation et pensée ; affectivité ; soi et relations.

Le R-PAS repose sur une base normative internationale, à savoir plus de 2'000 sujets sains issus de 15 pays. L’objectif était d’offrir des références universelles et d’éviter les biais culturels des anciennes normes U.S. du Système Intégré. Mais, le fonctionnement perceptif, l’expression émotionnelle, les contenus évoqués peuvent varier selon le contexte culturel. Avoir pour seule norme universelle celle que le R-PAS proposait, était ce pertinent ? Le débat est actuellement très vif dans le monde du Rorschach. Une norme globale pourrait-elle être de nature à diluer des spécificités nationales cliniquement pertinentes et ne serait-elle pas de nature à fausser l’interprétation des scores atypiques dans certaines cultures ? Ces questions restent en suspens.

Place du Rorschach dans l’évaluation psychologique

Ce test n’a pas pour objet de poser des diagnostics. Il n’a pas été construit pour mesurer directement des critères issus du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) de l’Association américaine de psychiatrie, ou de la Classification internationale des maladies (CIM) de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Ce test permet d’explorer des dynamiques sous-jacentes, par exemple les ressources psychologiques du sujet, sa manière de gérer les conflits, ses besoins psychologiques, ses stratégies en situation de stress, ainsi que des formes de fonctionnement, par exemple la manière du sujet de réguler ses émotions, sa perception de la réalité, son comportement. Pour Bornstein, "il ne remplace pas l’entretien, il le complète." (2001).

En 2022, Bornstein a proposé un cadre à trois niveaux pour l’évaluation clinique : l’observation des comportements ; l’auto-attribution du sujet – on lui donne des questionnaires et il les remplit ; on peut aussi essayer d’explorer les dynamiques psychologiques sous-jacentes. Le Rorschach est l’un des rares outils accessibles au clinicien pour ce troisième niveau. L’utilité clinique du test ne se mesure pas à sa capacité à prédire un diagnostic, mais à celle d’orienter la compréhension du sujet et le traitement.

"Le test éclaire ce que la personne ne peut ou ne veut pas dire." Bornstein (2022)

Carte 8 du test de Rorschach. Interprétation courante: quadrupèdes (figures roses, à gauche et à droite). Photo Wikimedia Commons

Voici un exemple de son utilité, dans le cas de deux patients ayant le même diagnostic DSM (trouble borderline). Le Rorschach du premier patient montre que la constellation suicidaire (S-CON) est élevée, ce qui signifie qu’il va être très rapidement désorganisé et qu’il présente une fragilité psychologique marquée qui pourrait le mettre à risque. Celui de l’autre patient montre qu’il présente de nombreux mouvements coopératifs et une tolérance satisfaisante à l’ambiguïté de la complexité perceptive, ce qui signifie qu’il dispose de quelques ressources et qu’il a moins de risque de se désorganiser en cas de stress. Les deux patients ont la même étiquette diagnostique, mais leurs profils de fonctionnement sont totalement différents. Des implications thérapeutiques vont apparaître, à savoir que l’ajustement du style de l’alliance thérapeutique, l’évaluation du risque, la planification du traitement vont être très différents pour ces deux patients présentant le même diagnostic psychiatrique.

Nous pouvons donc formuler l’hypothèse structurelle sur le fonctionnement psychologique du sujet. Le test nous donne des précisions sur le fonctionnement de ses stratégies adaptatives ou mal adaptatives, et nous permet d’explorer sa capacité de mentalisation, sa cohérence du soi et son lien avec la réalité.

Le test est souvent utilisé lorsque les résultats des tests standards sont ambigus, lorsque les auto-évaluations ne sont pas fiables (des sujets peuvent ne pas être conscients de leurs difficultés, certains vont simuler, d’autres vont avoir de la peine à observer eux-mêmes leur comportement). Le test est également utile face à des hypothèses conflictuelles, quand, par exemple, on hésite entre plusieurs formes de diagnostic ou de fonctionnement.

"Les divergences entre les scores Rorschach et les auto-rapportés ne sont pas des erreurs : ce sont des données." Bornstein (2022)

Le Rorschach peut faire sens et conduire à des hypothèses, dans ces situations. Il a donc une place dans l’évaluation fondée sur les preuves (EBP). Il n’est pas une alternative à l’entretien ou au questionnaire, mais une source d’information complémentaire. Sa validité incrémentielle est démontrée : il ajoute de la valeur clinique unique que certains autres outils ne vont pas apporter. Il a, par ailleurs, la qualité de s’intégrer dans les logiques actuelles de diagnostic dimensionnel (HiTOP, PDM-2, RDocC). Il existe, en effet, un mouvement international d’opposition aux approches diagnostiques de type DSM. Des analyses de réseaux montrent que la validité scientifique de certaines des catégories diagnostiques figurant dans le DSM ou la CIM n’est pas sûre.

"Le Rorschach fournit des données uniques sur les dynamiques qui traversent les catégories diagnostiques." Bornstein (2022)

Psychose et pensée désorganisée : le PTI (Perceptual-Thinking Index) comme indice central

Le PTI est un indice que même les détracteurs du système Exner ne peuvent dénigrer. Les troubles psychotiques se caractérisent par un déficit du traitement perceptif (détachement de la réalité), ainsi que par des altérations du langage et de la pensée formelle. Le Rorschach est particulièrement sensible à ces altérations, surtout quand elles ne sont pas facilement verbalisées lors d’un entretien. Le PTI permet de quantifier le niveau de désorganisation psychique d’un sujet. Il ne remplace pas un diagnostic, il indique un risque élevé de désorganisation cognitive et perceptive du sujet.

Le PTI n’est pas catégoriel : il indique une vulnérabilité du sujet. Il est très utile pour détecter des risques psychotiques sous-cliniques, par exemple chez des sujets pouvant être borderline et tendant à un fonctionnement psychotique. Il aide à suivre l’évolution clinique du sujet et à constater la présence d’un désordre formel de la pensée difficilement verbalisé. Chez les adolescents et les patients peu ou non verbaux, le PTI peut offrir un accès indirect à la désorganisation psychique. […]

Plusieurs études ont démontré que le PTI différencie efficacement les sujets psychotiques des dépressifs, des anxieux ou des sujets non cliniques. Il est corrélé à l’intensité des troubles de la pensée, mesurés par des échelles externes, et il complète les évaluations psychiatriques classiques, notamment quand les patients sont peu verbaux ou peu collaborants.

Carte 9 du test de Rorschach. Interprétation courante: être humain. Photo Wikimedia Commons

Le Rorschach dans l’évaluation du risque suicidaire

Comme le PTI, l’indice de risque suicidaire (S-CON) a été reconnu par les détracteurs du Système Intégré pour avoir une validité et une utilité clinique. Pourquoi rechercher un indice de risque suicidaire ? Exner et ses collègues sont partis de l’idée que la plupart des outils de prédiction du suicide sont notoirement peu sensibles et peu spécifiques. Les questionnaires sont limités par la position défensive du patient, ainsi que par le manque d’accès conscient aux idéations suicidaires. En état de crise, les patients n’ont pas toujours la capacité de faire de l’auto-observation pour donner accès à ces pensées. Le Rorschach, en tant que test de perception ambiguë, permet de détecter des indices indirects de souffrance, de désorganisation et de perte de contrôle.

En la matière, l’étude de référence d’Exner et Wylie (1977) a porté sur 59 protocoles de suicides effectifs et de 31 tentatives, qui ont été comparés à trois groupes de contrôle : des dépressifs hospitalisés, des schizophrènes et des sujets non cliniques. Les protocoles ont été recueillis dans les 60 jours précédant l’acte. Le résultat est une constellation de 11 variables qui ne sont pas en commun avec les dépressifs, les schizophrènes et les sujets non cliniques, mais qui sont spécifiques au groupe qu’ils ont étudié. Sur cette base, ils ont pu identifier 75 % des suicides effectifs et 45 % des tentatives, ceci avec un faible taux de faux positifs. À ce jour, il existe plus de 700 études cliniques/empiriques sur le S-CON.

Le S-CON n’est pas un outil de prédiction en soi, mais un indicateur de désorganisation psychologique extrême et de vulnérabilité suicidaire. Il a une spécificité modérée. On trouvera beaucoup de faux positifs chez les dépressifs graves, mais peu ou pas chez des sujets non cliniques. Il faut également tenir compte du fait que les profils suicidaires peuvent varier selon le niveau de létalité de l’acte. Il y a plus de variables chez les sujets qui ont utilisé des "méthodes violentes". Ainsi, l’absence de la S-CON ne nie pas le risque, mais sa présence doit être considérée comme un signal d’alarme.

Dans le R-PAS, le S-CON a été repris et affiné avec des critères de calcul automatisés et des normes actualisées. Il est souvent corrélé à l’Ego Impairment Index (EII-3) [indice de déficience du moi-3], une mesure assez fine de la désorganisation cognitive et de la perte de contrôle émotionnel. Utilisé en combinaison avec d’autres indices, il renforce la formulation clinique du risque suicidaire.

Le Rorschach et les neurosciences

Le Rorschach intéresse les neurosciences dans la mesure où il mobilise des processus perceptifs complexes dans des conditions ambiguës. C’est un test de performance perceptive qui permet d’observer comment le cerveau traite l’ambiguïté et comment les sujets activent leurs modèles internes du monde, les modèles internes (priors), pour donner du sens à quelque chose qui n’en a pas. Karl Friston, un neuroscientifique britannique, a fait valoir en 2023 que le Rorschach est un paradigme idéal pour tester la théorie du cerveau bayésien. Le cerveau bayésien actif est l’une des théories actuellement la plus utilisée pour expliquer le fonctionnement du cerveau et qui est à la base de l’intelligence artificielle (IA). Selon cette théorie, le cerveau fonctionne comme une machine à prédictions. Il est capable d’anticiper ce que nous devrions percevoir, puis il ajuste ses prédictions en fonction des informations et des erreurs constatées. On part de l’idée que tout est probable et, en fonction des informations disponibles, le cerveau ajuste et donne la plus grande probabilité de ce que nous percevons. Le Rorschach, en présentant des stimuli volontairement ambigus, minimise la précision sensorielle et maximise le recours aux priors. Friston a proposé une hypothèse selon laquelle, dans ce modèle-là, le Rorschach permet de mesurer de manière plus précise comment le sujet fait sens du monde extérieur grâce à ces priors. Cela permet de révéler comment un sujet donne sens à une incertitude perceptive, un processus au cœur du fonctionnement psychologique. […]

Carte 10 du test de Rorschach. Interprétations courantes : crabe, homard, araignée. Photo Wikimedia Commons

Le Rorschach à l’épreuve de la science

Dès son origine, le Rorschach visait une évaluation perceptive structurée, et non une lecture projective libre. John Exner, puis les auteurs du R-PAS, ont poursuivi ce travail en inscrivant le test dans une logique scientifique : le test a été standardisé, validé et normé. Le Rorschach est désormais un instrument psychologique rigoureux, mais des utilisations pseudo-scientifiques existent encore et, hélas, lui portent préjudice encore aujourd’hui.

Le Rorschach est un outil qui permet d’accéder à des processus psychologiques implicites, souvent inaccessibles par des questionnaires ou des entretiens. Il joue un rôle essentiel dans la compréhension fine du fonctionnement du sujet. Il permet la planification des traitements et le recueil d’informations dans des situations complexes (diagnostic différentiel, risque suicidaire, psychose, en expertise judiciaire). Il est pleinement compatible avec l’Evidence-Based Assessment. Utilisé avec rigueur, il permet de réconcilier la clinique, la science et la complexité humaine. » […]

"Le but de notre méthode n’est pas de deviner les pensées cachées, mais d’observer comment l’individu perçoit, organise et réagit à un monde ambigu."

Hermann Rorschach, Psychodiagnostik, 1921

Propos recueillis et édités par Pascal Gondrand

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